Penser 2036 ensemble

Imaginer ensemble

Le 30 juin, Station M a réuni des acteurs de la formation théologique de part et d’autre de l’Atlantique pour un atelier d’intelligence collective consacré à cette question simple, mais décisive : à quoi la formation théologique devra-t-elle ressembler à l’horizon 2036 ?

Pendant trois heures trente, des participants situés en France, au Québec et en Suisse ont travaillé ensemble. Les fuseaux horaires étaient différents — 14h en France, 8h au Québec — mais l’espace de réflexion était commun. L’objectif n’était pas de produire immédiatement un modèle définitif. Il s’agissait plutôt de mettre en dialogue des expériences, de faire émerger des tensions, de repérer des signaux faibles et d’identifier un chantier prioritaire à approfondir dans la suite du processus.

Autour de la table virtuelle étaient réunis : Alexandre Antoine (FLTE, FR), Raphaël Anzenberger (REQ, QC), Karim Arezki (HET-PRO, CH; ICA, DZ), Jean-Yves Cossette (Université Laval, QC), Jean Decorvet (HET-PRO, CH), Jean-François Laurence (Parole de Vie, QC), Elisabeth Lecavalier (Université Laval, QC), Étienne Lhermenault (IBN, FR), Naomi Loesener (HET-PRO, CH), Estienne Rylle (LaBaptisse, FR), Jonathan Schmutz (LaBaptisse, FR), Michel Siegrist (HET-PRO, CH), Éric Waechter (QC) et Victoria Wright (Parole de Vie, QC).

Partir du présent, ouvrir l’horizon

L’atelier a commencé par un mur de mots. Chaque participant était invité à répondre en quelques expressions à une première question : “La formation théologique dans votre contexte aujourd’hui, c’est…”

Puis une seconde zone du tableau ouvrait l’horizon : “La formation théologique en 2036 devrait être…”

Ce premier exercice avait une fonction simple : faire apparaître le contraste. D’un côté, les mots du présent ; de l’autre, ceux de l’avenir souhaité. Entre les deux, un espace de tension, d’espérance et de discernement.

Ce contraste a donné le ton de l’atelier. Il ne s’agissait pas de rêver abstraitement l’avenir, ni de dresser seulement un état des lieux. Il s’agissait de faire travailler ensemble le réel et l’espérance : ce que nous vivons déjà, ce qui résiste, ce qui commence à émerger, et ce qui pourrait devenir décisif pour les années à venir.

Trois chantiers pour structurer la réflexion

La suite de l’atelier s’est organisée autour des trois chantiers issus des travaux précédents de Station M sur la formation théologique à l’horizon 2036.

  • Le premier : Former la personne, pas le savoir. Il invite à réfléchir au compagnonnage, à la maturation et à la vie communautaire.
  • Le deuxième : Compétences prouvées, vocation éprouvée. Il interroge le terrain, les cohortes, la supervision et l’articulation entre théologie et pratique.
  • Le troisième : Réseau apprenant et architectures hybrides. Il porte sur les architectures de formation capables de rendre la formation accessible, tout en protégeant l’incarnation.

Chaque groupe a travaillé successivement sur les trois chantiers. La méthode était volontairement simple : pour chaque chantier, les participants étaient invités à déposer des roses, des épines et des bourgeons.

  • Une rose : ce qui fonctionne déjà, ce qui est prometteur, ce qui pourrait devenir une ressource d’avenir.
  • Une épine : ce qui résiste, fragilise ou annonce une tension critique.
  • Un bourgeon : ce qui émerge, ce qui pourrait être testé, ce qui ouvre un futur souhaitable.

Cette méthode a permis de ne pas enfermer la réflexion dans un seul registre. Les roses, les épines et les bourgeons ont aidé à tenir ensemble trois gestes : reconnaître, discerner, imaginer.

Faire circuler les regards

L’un des choix importants de l’atelier était la rotation des groupes. Chaque groupe commençait sur un chantier, puis passait au suivant, en prenant d’abord le temps de lire ce que le groupe précédent avait déposé. Il pouvait ensuite compléter, enrichir, déplacer — ou même contredire.

Cette circulation a créé une forme d’intelligence collective progressive. Les idées ne restaient pas attachées à un seul groupe. Elles étaient reprises, nuancées, discutées, reliées à d’autres expériences. Une intuition déposée sur un post-it pouvait devenir le point de départ d’un autre commentaire. Une épine pouvait venir interroger une rose. Un bourgeon pouvait faire le lien entre deux chantiers.

Dans une réflexion sur l’avenir de la formation théologique, cette manière de travailler compte autant que les contenus produits. Elle rappelle que l’avenir ne se discerne pas seul. Il se cherche dans une conversation élargie, où les contextes se répondent, où les désaccords peuvent devenir féconds, et où l’expérience de chacun devient une ressource pour tous.

Ce que les chantiers ont fait apparaître

À l’issue des rotations, les participants sont revenus en plénière pour regarder ensemble l’ensemble du tableau. La question n’était pas de tout restituer. Il fallait plutôt identifier ce que les roses, les épines et les bourgeons révélaient de l’avenir possible de la formation théologique.

Sur le chantier Former la personne, pas le savoir, les échanges ont fait ressortir le besoin d’une formation holistique qui articule savoir, savoir‑faire et savoir‑être, plutôt que d’opposer la personne et le savoir. Ils ont pointé les risques de polarisation (entre JE‑TU et JE‑IL, entre cultures académiques et profils plus pragmatiques) et les complexes liés aux différents types de parcours, tout en appelant à créer des espaces de reconnaissance mutuelle où l’on honore la diversité des dons, des profils et des cultures théologiques au service de la croissance intégrale des personnes.

Sur le chantier Compétences prouvées, vocation éprouvée, les participants ont souligné que les compétences prouvées ne suffisent pas à garantir une vocation éprouvée, mais qu’une vocation authentique a besoin de compétences travaillées et reconnues. Ils ont invité à mettre en place un véritable écosystème de discernement partagé entre instituts, Églises et commissions de ministère, où les compétences sont explicitées et mutualisées, où la vocation se poursuit en formation continue, et où des dispositifs comme des échanges type « Erasmus » ou des parcours inter‑institutions nourrissent à la fois le développement des compétences et l’affinement de l’appel.

Sur le chantier Réseau apprenant et architectures hybrides, la discussion a exploré comment concevoir des dispositifs de formation qui associent distanciel et présentiel sans perdre l’incarnation, la communauté et la relation. Elle a reconnu la puissance du numérique pour rendre la formation accessible à des publics divers, mais a aussi nommé les fragilités possibles (appauvrissement relationnel, affaiblissement de la dimension transformante, isolement des enseignants). Elle a ouvert la voie à des réseaux apprenants où les forces des différents centres seraient mutualisées, où des parcours hybrides seraient imaginés de façon concertée, et où le numérique servirait la rencontre et la transformation plutôt que de s’y substituer.

Ce moment de restitution a permis de passer de la dispersion des post-it à une lecture commune. Ce qui apparaissait d’abord comme une constellation d’idées a commencé à former des lignes de force : des attentes partagées, des points de vigilance, des intuitions à ne pas perdre.

Choisir un chantier à approfondir

  • L’atelier s’est terminé par un vote multidimensionnel. Chaque participant était invité à se prononcer à partir de trois critères : l’impact, la désirabilité et l’incertitude.

    Ce choix est important. Un chantier prioritaire n’est pas seulement celui qui semble le plus intéressant. Il doit aussi pouvoir produire une différence réelle, susciter une adhésion suffisante et mériter un travail d’exploration parce qu’il reste encore incertain.

À l’issue du vote, le chantier retenu pour le premier Design Sprint est : Réseau apprenant et architectures hybrides.

Ce chantier fera l’objet d’un approfondissement dans la prochaine étape du processus, celle du Design Sprint annoncé pour l’automne.

Ce que l’atelier a déjà produit

Il a permis à des acteurs de contextes différents de regarder ensemble la formation théologique sans commencer par défendre un modèle. Il a créé un espace où l’on pouvait nommer les forces, les fragilités et les germes d’avenir. Il a fait apparaître des convergences, mais aussi des tensions utiles.

Et maintenant ?

L’enjeu n’est pas seulement de conserver une trace. Il est de transformer ce temps d’intelligence collective en ressource pour l’action.

Car imaginer la formation théologique à l’horizon 2036 ne consiste pas à prédire l’avenir. Cela consiste à discerner ce qui doit être cultivé dès maintenant : des personnes à former dans toute leur maturité, des compétences à éprouver dans le réel, des vocations à accompagner, des réseaux à construire, des architectures à inventer.

L’atelier transatlantique n’a pas clos la réflexion. Il l’a mise en mouvement.

Vous êtes intéressé par la suite du travail ? Laissez-nous votre contact et nous vous tiendrons informés des dates du premier Design Sprint.

Places limitées — priorité aux contributeurs, puis ouverture selon disponibilité.

Note de transparence (IA)

NOÉ, assistant développé par imagodei, a été utilisé comme appui de rédaction. L’ensemble du texte a été relu, corrigé et validé par Station M, qui en assume la responsabilité éditoriale.

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